Publié par Paul Jorion
http://www.pauljorion.com/blog/?p=2354
Ce texte est un « article presslib' » (*)
La date d'aujourd'hui, le 18 mars 2009, sera retenue par l'histoire,
tout comme celle du 29 mai 1453 le fut pour la chute de Constantinople
ou celle du 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin, comme celle
qui signa la fin du capitalisme.
Aujourd'hui en effet, la Federal Reserve Bank, la banque centrale
américaine, a annoncé son intention de racheter des Bons du Trésor
(dette à long terme des États--Unis) en quantités considérables (pour un
volant de 300 milliards de dollars), son budget atteignant désormais le
chiffre impressionnant de 1,15 mille milliards de dollars. Pareil au
serpent ouroboros dévorant sa propre queue, les États--Unis avaleront
donc désormais leur propre dette, un processus désigné par l'euphémisme
sympathique de « quantitative easing ». Pareille à celui qui tenterait
de voler en se soulevant par les pieds, la nation américaine met fin au
mythe qui voudrait que l'argent représente de la richesse : dorénavant
la devise américaine représentera uniquement le prix du papier et de
l'encre nécessaire pour imprimer de nouveaux billets. Elle se coupe
aussi, incidemment, de la communauté internationale, mais baste !
Le dollar cessa de valoir de l'or quand, en 1971, le président Nixon mit
fin à la parité du dollar avec ce métal. En 2009, le président Obama, en
permettant à la Fed d'imprimer autant de dollars qu'elle le jugera bon,
a mis fin à la parité du dollar avec quoi que ce soit, faisant de
l'arrogance de la nation américaine la seule mesure restante de la
valeur de sa devise. « Your Mamma still loves you ! » : le gosse, tout
faraud, présente son premier spectacle et sa mère qui n'a pas voulu que
son amour-propre courre le moindre risque a acheté tous les tickets !
Si la Chine attendait un signal pour se débarrasser de ses dollars, le
voici ! Un article très intéressant dans l'Asia Times d'aujourd'hui,
signé par Joseph Stroupe, explique comment la Chine, tentant de se
délester en douce de ses dollars, les transfère discrètement à des fonds
qui achètent des ressources minières et pétrolières. Stroupe, faisant
reposer ses analyses sur des chiffres rassemblés par Rachel Ziemba, une
collaboratrice de Nouriel Roubini, calcule que la Chine pourrait
atteindre son objectif de réduction massive de son exposition au cours
du dollar en un an environ. Nul doute que l'on ne dormira pas beaucoup
cette nuit à Pékin et à Shanghai, tout occupé que l'on sera à acheter
fébrilement des mines et des puits pétroliers aux quatre coins du monde !
Ah oui, j'oubliais : la bourse de New York, considérant qu'il s'agissait
d'une bonne nouvelle, a clôturé en hausse.
(*) Un « article presslib' » est libre de reproduction en tout ou en
partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul
Jorion est un « journaliste presslib' » qui vit exclusivement de ses
droits d'auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d'écrire
comme il le fait aujourd'hui tant que vous l'y aiderez. Votre soutien
peut s'exprimer ici.
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à propos de Paul Jorion, anthropologue et sociologue, spécialisé dans
les sciences cognitives et l'économie :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Jorion
1 commentaires:
Publié le 20/03/2009 à 13:07 Reuters
Le statut du dollar contesté après les mesures de la Fed
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/le-statut-du-dollar-conteste-apres-les-mesures-de-la-fed/916/0/327602
La chute du dollar déclenchée par l'annonce de la Réserve fédérale des
Etats-Unis de son intention d'acheter massivement des obligations d'Etat
est historique et annonce la fin de son statut de valeur phare, estiment
certains analystes. Pour d'autres, la chute n'est que momentanée.
La Fed a annoncé mercredi son intention d'acheter pour 300 milliards de
dollars d'obligations du Trésor américain sur les six prochains mois. Il
s'agit de son premier achat de papier souverain à grande échelle depuis
le début des années 60.
La banque centrale veut aussi augmenter ses achats de titres
obligataires reposant sur la titrisation de crédits dans l'immobilier
résidentiel.
Cette décision fait craindre qu'un gonflement du bilan de la Fed ne se
traduise par une offre excédentaire de dollars et ne ré-enclenche un
phénomène inflationniste. Sur le marché des options, les investisseurs
ont commencé à se positionner dans l'idée que la baisse du dollar va
continuer avec des options de vente sur le billet vert et des options
d'achats sur l'euro.
L'euro a dépassé 1,37 dollar jeudi en séance puis vendredi matin, son
plus haut niveau depuis début janvier, pour revenir ensuite sous ce
niveau. Depuis vendredi dernier, la monnaie européenne a gagné quelque
6%, sa plus forte hausse depuis son lancement en 1999.
Le dollar est parti pour afficher cette semaine sa plus forte baisse
hebdomadaire depuis 24 ans contre un panier de grandes devises. Il
s'agira de sa plus forte baisse depuis 1985, année des accords du Plaza
qui visaient à faire baisser le cours du dollar.
Si la chute est supérieure à 5,2%, ce sera la plus forte depuis
l'abandon en 1973 du système des taux de change fixes mis en place à
Bretton Woods en 1944.
"C'est un moment historique, le début de la dévalorisation de la monnaie
qui sert de réserve au monde. Et il semble à de nombreux participants
que dans le grand vent de l'histoire, nous sommes témoins de la chute de
'Rome' sur le Potomac", commente Alan Ruskin, chez RBS Greenwich Capital.
"LE JOUR OÙ LE DOLLAR EST MORT"
Les analystes de la banque Standard Chartered ont intitulé une note :
"le jour où le dollar est mort", voient l'euro monter à 1,55 dollar à la
fin de l'année. Le plus haut niveau de l'euro a été atteint le 15
juillet à plus de 1,60 dollar.
"Nous ne pensons pas que ce soit le début d'une nouvelle tendance pour
le dollar", affirme au contraire Michael Woolfolk, cambiste à la Bank of
New York Mellon à New York. "Nous pensons que le paysage économique va à
nouveau se détériorer dans le courtant de l'année, ce qui déclenchera un
retour en force sur le dollar."
Autre facteur de hausse du billet vert : le sentiment de plus en plus
partagé que l'attitude très interventionniste de la Fed face à la crise
aidera les Etats-Unis à être les premiers à s'en sortir, estime Ronald
Simpson, chez Action Economics en Floride.
Il souligne qu'à un certain stade, si toutes les banques des pays du G7
procèdent à une politique d'ajustement quantitatif - c'est-à-dire
inonder le système bancaire de liquidités pour relancer l'activité de
prêts quand les taux d'intérêt sont déjà à zéro ou presque - cela ramène
tout le monde sur un pied d'égalité.
"Actuellement, tout le monde fait : 'oh non, la Fed s'engage dans un
assouplissement quantitatif et dans l'impression de papier, mais c'est
aussi le cas du Royaume-Uni, de la Suisse et du Japon", dit-il.
Il reconnaît qu'à court terme, l'euro pourra peut-être atteindre 1,39
dollar ou 1,40 dollar, pour ensuite reperdre du terrain.
Bien que les Etats-Unis soient au centre de la crise financière, le
dollar a bondi ces derniers mois pour atteindre un plus haut de trois
ans contre un panier de devises, alors que les investisseurs cherchaient
refuge dans les emprunts du Trésor américain, qui profitent de la
confiance et du crédit dont bénéficient les Etats-Unis par rapport aux
autres pays.
"Le dollar reste la seule devise refuge dans le monde. C'est la devise
de réserve de premier choix pour les banques centrales", affirme Woolfolk.
"Tout simplement, aucune autre devise ne peut s'en rapprocher. Et
naturellement, aucun autre pays ne veut actuellement une devise forte."
"Si la gravité de la situation économie et l'assouplissement quantitatif
représentent un poids pour le dollar, un nouvel accès d'aversion face au
risque pourrait faire cesser cela car le rapatriement de capitaux
soutient le dollar", fait valoir Michael Hart, responsable des changes
chez Citigroup à Londres.
Danielle Rouquié
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