mercredi 1 avril 2009

Le Venezuela trace la voie d'une réponse progressiste à la crise

Source : http://chaltauliberalisme.blogspot.com/2009/03/le-venezuela-trace-la-voie-dune-reponse.html


Le président vénézuélien Hugo Chávez a présenté ce samedi une série de
mesures économiques face à la crise mondiale. Alors que les
gouvernements néolibéraux entendent faire payer la débâcle capitaliste
aux travailleurs, Caracas ouvre la voie d'une réponse progressiste.

Il s'agit, entre autres, de débloquer 100 milliards de dollars
d'investissements publics sur les quatre prochaines années, d'augmenter
de 20% le salaire minimum en 2009 et de limiter les revenus des hauts
fonctionnaires.

L'annonce était attendue par beaucoup, y compris par l'opposition qui
espérait des mesures impopulaires comme l'augmentation du prix de
l'essence ou une dévaluation du Bolivar (la monnaie locale). Rien de
tout cela ne figure finalement à l'agenda. (1)

A contre-courant des recommandations classiques du FMI ou de la Banque
mondiale, Caracas a présenté ce samedi un plan d'investissements publics
à hauteur de 100 milliards de dollars (2) sur les quatre prochaines
années. «Le gouvernement révolutionnaire va investir une masse globale
de 100 milliards de dollars. Et cela n'inclut pas les investissements
pétroliers qui eux atteindront 125 milliards. C'est une des plus fortes
mesures anticycliques et anticrise», a expliqué le président Chávez.

Par ailleurs, le budget 2009 de l'Etat sera revu à la baisse (- 6,7%) et
recalculé sur un prix du baril de pétrole à 40 dollars, au lieu des 60
dollars comme base actuelle. Afin de faire face à cette réduction,
l'Etat doublera pratiquement son endettement interne et fera des
économies sur les salaires des haut fonctionnaires.

Selon les chiffres présentés par le président Chávez en Conseil des
ministres, la dette externe du Venezuela représentait 64,1% du Produit
intérieur brut (PIB) il y a 20 ans et se situe aujourd'hui à 9,3% (fin
2008). La dette interne se situe quant à elle à 4,3% du PIB. «Ce
pourcentage peu élevé nous permet aujourd'hui de prendre des mesures
d'augmentation (de la dette interne), calculées de façon exacte afin de
nous protéger et de nous renforcer», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le mandataire a appelé l'Assemblée nationale (le
Parlement) à légiférer afin de limiter les salaires des hauts
fonctionnaires. En qui concerne l'Excécutif, un décret devrait être
publié dans les prochains jours afin de réviser et réduire les revenus
les plus élevés. Les dépenses somptueuses sont également concernées.
«Nous allons éliminer les frais des véhicules de luxe, les cadeaux, la
construction de nouveaux sièges, les missions à l'étranger, la publicité
superflue, etc.», a déclaré Hugo Chávez.
Hausse du salaire minimum

Parmi les mesures figure également une augmentation du salaire minimum
de 20% en deux étapes: 10% à partir du premier mai et 10% en septembre
prochain. Celui-ci passera donc, cette année, de l'équivalent de 274
euros à 331 euros par mois, se maintenant parmi les plus élevés
d'Amérique latine.

La seule décision qui sera directement répercutée sur le portefeuille de
la population, afin d'équilibrer en partie le budget de l'Etat, est
l'augmentation de 3% de la TVA. Elle passe ainsi de 9 à 12%, loin
derrière les 16% de la fin des années 90. «De la même manière que nous
avons réduit la TVA de 14 à 9% lorsque nous jouissions des hauts revenus
pétroliers, maintenant nous effectuons une augmentation prudente».

Finalement, le gouvernement a confirmé la nationalisation (annoncée il y
a déjà plusieurs mois) de la banque filiale du groupe espagnol
Santander, Banco de Venezuela. Si cette décision se concrétise, l'Etat
vénézuélien contrôlera 25% du secteur bancaire et en sera l'acteur le
plus important. Ces actions, accompagnées de la ferme volonté de
maintenir les dépenses sociales en matières d'éducation, de santé et
d'infrastructures, démontrent qu'il n'y a pas de fatalité face à la
crise capitaliste et qu'un gouvernement souverain, non soumis aux
diktats des institutions financières internationales et des entreprises,
peut agir en fonction des intérêts des travailleurs... lorsque
l'intention y est.

A Caracas, Sébastien Brulez

Notes:

(1) La chaîne privée Globovision était même allée jusqu'à inventer
l'annonce imminente d'une diminution de la quantité de devises
étrangères octroyées à chaque Vénézuélien. L'information, qui s'est
révélée totalement fausse, fut relayée par plusieurs médias d'opposition
avant d'être démentie par un communiqué du ministère de l'Economie et
des Finances.

(2) Le 23 mars, un dollar était égal à 0,73 euro.

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