mercredi 1 avril 2009

L’ASADHO/Katanga exige que soit rendu public le contrat sur la recherche et l'exploitation de l’uranium entre la RDC et le Groupe Français Areva.

Source : Collectif des Damnés de la Terre

ASADHO/KATANGA

Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme

African Association for the defence of Human Rights


COMMUNIQUE DE PRESSE N° 05/2009

L’ASADHO/Katanga exige que soit rendu public le contrat sur la recherche et l'exploitation de l’uranium entre la RDC et le Groupe Français Areva.

L’Association Africaine de défense des Droits de l’homme section du Katanga, ASADHO/Katanga, en sigle, a suivi de plus près les démarches débouchant à la signature d’un accord portant sur la recherche et l’exploitation de l’uranium en RD Congo, ce jeudi 27/03/09, signature consécutive à la visite du Président Nicolas Sarkozy.

Pour rappel, ce contrat pour lequel M. Georges Arthur Forrest, le patron du Groupe Forrest International (GFI) aurait joué un rôle-clé dans sa phase quasi-secrète de négociation qui a duré 2 ans, intervient au moment où la RD Congo est engagée dans un processus irréversible de révisitation des contrats miniers léonins et de l’établissement du bilan sur la libéralisation de l’exploitation des ressources naturelles et de leurs impacts sur le développement du pays.

Bon nombre des contrats miniers jusque-là signés par le Gouvernement congolais et les partenaires miniers devraient être modifiés car signés dans des conditions de manque de transparence consacrant le pillage des ressources naturelles au bénéfice de certaines industries extractives et autorités politico-administratives, mais au détriment des populations congolaises.

Malgré le fait que cet accord aura le mérite de faire exploiter industriellement la mine uranifère de Shinkolobwe au Katanga2,dont le filon uranifère s’étant depuis la Commune Rwashi, plus précisément sur la mine de l’Etoile(jadis exploitée par la Gécamines, puis cédée à l’entreprise Rwashi Mining), passant par Kawama dont la mine est actuellement exploitée par le Groupe Forrest International et s’allonge jusque dans le substratum du Lycée Lubusha, et dont le sommet culmine les environs de Shinkolobwe.

La mine de Shinkolobwe continue à être artisanalement exploitée par des creuseurs clandestins, en complicité avec certains militaires de Forces Armées Congolaises,FARDC, en sigle et des éléments de la Police des Mines basés à Likasi, Mura et Kambove, en parfaite connaissance des autorités politico-administratives, militaires et judiciaires.

L’ASADHO/Katanga aurait bien voulu, pour question de transparence et d’objectivité qu’il soit procédé à un appel d’offres conformément à l’article 32 du Code minier congolais.

Cette façon d’agir aurait permis au Gouvernement congolais d’apprécier des propositions d’accords avantageuses et non léonines, et sélectionner un ou plusieurs investisseurs potentiels, ayant une expérience et un renom avérés en Afrique dans le respect des principes des Droits de l’Homme et de Responsabilité Sociale des Entreprises extractives, sous-entendant une exploitation minière à impact visible pour le développement durable des communautés locales.

L’ASADHO/Katanga fait remarquer que le groupe nucléaire AREVA exploite l’uranium nigérien à travers la COMINAK et la SOMAIR depuis plus 40 ans, dans le cadre de 2 conventions signées le 2/02/1968 et le 9/07/1974, lesquelles ne comportaient pas des clauses relatives au développement durable des zones d’exploitation et à la protection de l’environnement. Le groupe AREVA continuerait à polluer l’environnement et à pratiquer une politique discriminatoire en matière d’emploi et de rémunération (…) Les populations des zones minières seraient préoccupées par le phénomène de radiation et de la pollution des nappes aquifères. C’est dans ce contexte peu reluisant pour le Niger que sont intervenues les négociations sur la révision du prix du Kg de l’uranium courant 2007(…) les autorités nigériennes ont encore cédé dans la signature du contrat d’exploitation d’Imouraren en acceptant 33, 5° % dans le capital de la société au lieu de 40% demandé par le gouvernement3.

L’ASADHO/Katanga estime que le Gouvernement congolais devrait tenir compte de toutes ces considérations ci-supra, et veiller à signer dans la transparence des conventions minières réellement gagnant-gagnant pour le trésor public et l’intérêt des communautés locales avec des multinationales respectueuses des normes et principes des Droits de l’Homme applicables aux entreprises.

Au regard de tout ce précède, l’ASADHO/Katanga exige :

*

Que l’accord signé entre la RD Congo et AREVA soit rendu public ;


*

Au cas où cet accord ne respecterait pas les exigences et/ou principes de transparence, d’équité et les clauses sur la Responsabilité Sociale des Entreprises par rapport aux communautés locales, que des avenants y relatifs soient conclus ;


*

Que AREVA s’engage d’ores et déjà en faveur de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives en RD Congo.

Fait à Lubumbashi, le 30 mars 2009

ASADHO/Katanga


1 ONG apolitique de défense et de promotion des droits humains ; Affiliée à la Commission internationale des Juristes (CIJ, Genève),

à l’ Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT,Genève),à la Fédération Internationale des ligues et associations des Droits Humains(FIDH,Paris),à la Coalition pour la Cour pénale internationale, membre de l’AFRONET et SAHRINGON (Réseaux des ONG de l’Afrique australe),à l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme(Ouagadougou) ; dotée du statut d’ Observateur à la Commission Africaine des Droits de l’ Homme et des peuples. Dispose d’un bureau de liaison auprès des institutions internationales à Genève/Suisse.

ASADHO/KATANGA, B..P.909, Tél : 0995351549, 0814709184 ; E-Mail :asadhokat @ic-lubum.cd

Commune de Lubumbashi, Avenue KAPENDA, N°565 Angle MOBUTU

ASADHO/KIN. AV. De la Paix, N°12, Kinshasa/Gombe, tél./Fax : 243.12.21653, B.P. 16737, KINSHASA 1


2 La mine de Shinkolobwe est connue mondialement parce que c’est de ses gisements uranifères que fut extrait l'uranium (U235)qui permit, lors de la seconde guerre mondiale de fabriquer la bombe atomique H lancée sur Hiroshima et Nagasaki en 1945, dont les effets nocifs et radio-actifs sont encore visibles sur le Japon jusqu’à ces jours.

Le Venezuela trace la voie d'une réponse progressiste à la crise

Source : http://chaltauliberalisme.blogspot.com/2009/03/le-venezuela-trace-la-voie-dune-reponse.html


Le président vénézuélien Hugo Chávez a présenté ce samedi une série de
mesures économiques face à la crise mondiale. Alors que les
gouvernements néolibéraux entendent faire payer la débâcle capitaliste
aux travailleurs, Caracas ouvre la voie d'une réponse progressiste.

Il s'agit, entre autres, de débloquer 100 milliards de dollars
d'investissements publics sur les quatre prochaines années, d'augmenter
de 20% le salaire minimum en 2009 et de limiter les revenus des hauts
fonctionnaires.

L'annonce était attendue par beaucoup, y compris par l'opposition qui
espérait des mesures impopulaires comme l'augmentation du prix de
l'essence ou une dévaluation du Bolivar (la monnaie locale). Rien de
tout cela ne figure finalement à l'agenda. (1)

A contre-courant des recommandations classiques du FMI ou de la Banque
mondiale, Caracas a présenté ce samedi un plan d'investissements publics
à hauteur de 100 milliards de dollars (2) sur les quatre prochaines
années. «Le gouvernement révolutionnaire va investir une masse globale
de 100 milliards de dollars. Et cela n'inclut pas les investissements
pétroliers qui eux atteindront 125 milliards. C'est une des plus fortes
mesures anticycliques et anticrise», a expliqué le président Chávez.

Par ailleurs, le budget 2009 de l'Etat sera revu à la baisse (- 6,7%) et
recalculé sur un prix du baril de pétrole à 40 dollars, au lieu des 60
dollars comme base actuelle. Afin de faire face à cette réduction,
l'Etat doublera pratiquement son endettement interne et fera des
économies sur les salaires des haut fonctionnaires.

Selon les chiffres présentés par le président Chávez en Conseil des
ministres, la dette externe du Venezuela représentait 64,1% du Produit
intérieur brut (PIB) il y a 20 ans et se situe aujourd'hui à 9,3% (fin
2008). La dette interne se situe quant à elle à 4,3% du PIB. «Ce
pourcentage peu élevé nous permet aujourd'hui de prendre des mesures
d'augmentation (de la dette interne), calculées de façon exacte afin de
nous protéger et de nous renforcer», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le mandataire a appelé l'Assemblée nationale (le
Parlement) à légiférer afin de limiter les salaires des hauts
fonctionnaires. En qui concerne l'Excécutif, un décret devrait être
publié dans les prochains jours afin de réviser et réduire les revenus
les plus élevés. Les dépenses somptueuses sont également concernées.
«Nous allons éliminer les frais des véhicules de luxe, les cadeaux, la
construction de nouveaux sièges, les missions à l'étranger, la publicité
superflue, etc.», a déclaré Hugo Chávez.
Hausse du salaire minimum

Parmi les mesures figure également une augmentation du salaire minimum
de 20% en deux étapes: 10% à partir du premier mai et 10% en septembre
prochain. Celui-ci passera donc, cette année, de l'équivalent de 274
euros à 331 euros par mois, se maintenant parmi les plus élevés
d'Amérique latine.

La seule décision qui sera directement répercutée sur le portefeuille de
la population, afin d'équilibrer en partie le budget de l'Etat, est
l'augmentation de 3% de la TVA. Elle passe ainsi de 9 à 12%, loin
derrière les 16% de la fin des années 90. «De la même manière que nous
avons réduit la TVA de 14 à 9% lorsque nous jouissions des hauts revenus
pétroliers, maintenant nous effectuons une augmentation prudente».

Finalement, le gouvernement a confirmé la nationalisation (annoncée il y
a déjà plusieurs mois) de la banque filiale du groupe espagnol
Santander, Banco de Venezuela. Si cette décision se concrétise, l'Etat
vénézuélien contrôlera 25% du secteur bancaire et en sera l'acteur le
plus important. Ces actions, accompagnées de la ferme volonté de
maintenir les dépenses sociales en matières d'éducation, de santé et
d'infrastructures, démontrent qu'il n'y a pas de fatalité face à la
crise capitaliste et qu'un gouvernement souverain, non soumis aux
diktats des institutions financières internationales et des entreprises,
peut agir en fonction des intérêts des travailleurs... lorsque
l'intention y est.

A Caracas, Sébastien Brulez

Notes:

(1) La chaîne privée Globovision était même allée jusqu'à inventer
l'annonce imminente d'une diminution de la quantité de devises
étrangères octroyées à chaque Vénézuélien. L'information, qui s'est
révélée totalement fausse, fut relayée par plusieurs médias d'opposition
avant d'être démentie par un communiqué du ministère de l'Economie et
des Finances.

(2) Le 23 mars, un dollar était égal à 0,73 euro.

Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme

Publié par Paul Jorion
http://www.pauljorion.com/blog/?p=2354

Ce texte est un « article presslib' » (*)

La date d'aujourd'hui, le 18 mars 2009, sera retenue par l'histoire,
tout comme celle du 29 mai 1453 le fut pour la chute de Constantinople
ou celle du 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin, comme celle
qui signa la fin du capitalisme.

Aujourd'hui en effet, la Federal Reserve Bank, la banque centrale
américaine, a annoncé son intention de racheter des Bons du Trésor
(dette à long terme des États--Unis) en quantités considérables (pour un
volant de 300 milliards de dollars), son budget atteignant désormais le
chiffre impressionnant de 1,15 mille milliards de dollars. Pareil au
serpent ouroboros dévorant sa propre queue, les États--Unis avaleront
donc désormais leur propre dette, un processus désigné par l'euphémisme
sympathique de « quantitative easing ». Pareille à celui qui tenterait
de voler en se soulevant par les pieds, la nation américaine met fin au
mythe qui voudrait que l'argent représente de la richesse : dorénavant
la devise américaine représentera uniquement le prix du papier et de
l'encre nécessaire pour imprimer de nouveaux billets. Elle se coupe
aussi, incidemment, de la communauté internationale, mais baste !

Le dollar cessa de valoir de l'or quand, en 1971, le président Nixon mit
fin à la parité du dollar avec ce métal. En 2009, le président Obama, en
permettant à la Fed d'imprimer autant de dollars qu'elle le jugera bon,
a mis fin à la parité du dollar avec quoi que ce soit, faisant de
l'arrogance de la nation américaine la seule mesure restante de la
valeur de sa devise. « Your Mamma still loves you ! » : le gosse, tout
faraud, présente son premier spectacle et sa mère qui n'a pas voulu que
son amour-propre courre le moindre risque a acheté tous les tickets !

Si la Chine attendait un signal pour se débarrasser de ses dollars, le
voici ! Un article très intéressant dans l'Asia Times d'aujourd'hui,
signé par Joseph Stroupe, explique comment la Chine, tentant de se
délester en douce de ses dollars, les transfère discrètement à des fonds
qui achètent des ressources minières et pétrolières. Stroupe, faisant
reposer ses analyses sur des chiffres rassemblés par Rachel Ziemba, une
collaboratrice de Nouriel Roubini, calcule que la Chine pourrait
atteindre son objectif de réduction massive de son exposition au cours
du dollar en un an environ. Nul doute que l'on ne dormira pas beaucoup
cette nuit à Pékin et à Shanghai, tout occupé que l'on sera à acheter
fébrilement des mines et des puits pétroliers aux quatre coins du monde !

Ah oui, j'oubliais : la bourse de New York, considérant qu'il s'agissait
d'une bonne nouvelle, a clôturé en hausse.

(*) Un « article presslib' » est libre de reproduction en tout ou en
partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul
Jorion est un « journaliste presslib' » qui vit exclusivement de ses
droits d'auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d'écrire
comme il le fait aujourd'hui tant que vous l'y aiderez. Votre soutien
peut s'exprimer ici.

http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=647


à propos de Paul Jorion, anthropologue et sociologue, spécialisé dans
les sciences cognitives et l'économie :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Jorion

17 avril : journée internationale des luttes paysannes

La Via Campesina


Mouvement paysan international


17 avril : journée internationale des luttes paysannes
Ensemble pour les droits des paysans et des paysannes !

Depuis 1996, le 17 avril a été déclaré par La Via Campesina « journée
internationale des luttes paysannes ». Cette journée commémore
le massacre par la police brésilienne de 19 paysans du mouvement des
sans terres alors qu'ils s'étaient mobilisés pour obtenir des terres.
13 ans plus tard, la lutte pour la reconnaissance des droits des paysans
et des paysannes reste une priorité de La Via Campesina.

Les crises actuelles (crise de la finance, du climat, de l'énergie, des
aliments et de la biodiversité)ont mis en évidence la responsabilité,
la fragilité et l'absurdité du système économique libéral. La logique
voudrait que les gouvernements renoncent aux politiques à l'origine
de ces crises et qu'ils mettent en place des garde-fous. Or, c'est
l'inverse qui se passe : tentatives renouvelées de conclure le cycle des
négociations de Doha à l'OMC, multiplications partout dans le monde des accords
bilatéraux de libre échange, lancement d'une nouvelle révolution verte
en Afrique basée sur les biotechnologies, etc. L'Union Européenne a même
repris son offensive envers les pays africains et vise une signature
des accords de partenariats économiques (APE) pour juin 2009.

Les APE et les politiques néolibérales sont un véritable danger pour
l'Afrique.

Une étude d'impact des APE sur l'économie du Mali montre que la
signature des APE aura des conséquences dramatiques pour les petits
producteurs de lait du Mali. En raison de l'ouverture des marchés
beaucoup d'entre eux devront arrêter la production. Les APE sécurisent
les profits des multinationales mais ne servent en aucun cas les besoins
des populations.

En ce 17 avril 2009, unissons-nous pour stopper les accords de libre
échanges en Afrique et partout dans le monde. Mobilisons-nous pour dire
que nous en avons marre que les droits des hommes et des femmes soient
bafoués au profit des bénéfices engrangés par les multinationales!

Et réaffirmons nos alternatives : la souveraineté alimentaire et les
intégrations économiques qui la respectent comme l'Alternative Bolivarienne
pour les Amérique .

La Via Campesina appelle toutes ses organisations membres, ses amis et
alliés à s'unir en ce 17 avril, pour les droits des paysans et des
paysannes (droit d'accès à la terre, aux semences, à l'eau etc). Vous pouvez
organiser des manifestations, des débats publics, une projection de film,
un marché de produits paysans, une fête, une action, des concours de
chansons etc.

Soutenez la campagne internationale de la Via Campesina pour une
convention internationale des droits paysans comme cela a été décidé
lors de la Vième conférence des mouvements paysans à Maputo en octobre
2008. Cette déclaration est un outil pour nous tous pour nous
opposer au néolibéralisme qui est contradictoire avec la souveraineté
alimentaire.

Pour donner une unité à nos actions, inscrivez-vous sur la liste de
diffusion du 17 avril en envoyant un message « blanc » à
http://viacampesina.net/mailman/listinfo/via.17april_viacampesina.net.

Merci d'y envoyer ensuite toutes les activités que vous planifier
d'organiser.
Plus d'infos sur le site : www.viacampesina.org

*International Operational Secretariat
-----------------------------------------------------------------------
La Via Campesina - International Secretariat:

Jln. Mampang Prapatan XIV No. 5 Jakarta Selatan, Jakarta 12790 Indonesia

Phone : +62-21-7991890, Fax : +62-21-7993426

E-mail: viacampesina@viacampesina.org,

Website:http://www.viacampesina.org

Appel de la coordination nationale étudiante réunie à Paris 1

dimanche 29 mars 2009 (21h07)


Nous, étudiant-e-s mobilisé-e-s, délégués de 39 universités, en lutte depuis mi-janvier sommes réunis ces 28 et 29 mars à Tolbiac Paris I (Saint-Hippolyte) pour la VIe coordination nationale étudiante (CNE). Nous réaffirmons que la CNE, émanation directe des Assemblées Générales qui réunissent des dizaines de milliers d’étudiant-e-s en France, est la seule et unique instance légitime pour représenter le mouvement étudiant dans son ensemble et qu’aucune direction syndicale ou politique ne saurait se substituer à son rôle.

Nous constatons que la mobilisation se poursuit dans les universités. Il est important d’amplifier la grève, mais aussi de l’étendre à d’autres secteurs. De la maternelle à l’université, mêmes attaques, même combat ! Etudiant-e-s, enseignant-e-s, lycéen-ne-s se sont mobilisés pour l’instant tour à tour. Il est temps d’agir tou-te-s ensemble en même temps. Nous appelons aux manifestations communes « de la maternelle à l’université » du 2 et du 8 avril.

Après le 19 mars, nous dénonçons l’attentisme des directions syndicales. La seule stratégie conséquente est la construction de la grève générale qui seule peut nous permettre de gagner sur nos revendications. A cet égard, les organisations syndicales doivent prendre leurs responsabilités et s’inscrire dans cette perspective. Sans attendre, construisons à la base partout un front unitaire réunissant étudiant-e-s, lycéenne- s, salarié-e-s, précaires, chômeur-euse-s organisations et collectifs pour poser des perspectives, notamment par des AG et forums interprofessionnels dans la réalisation concrète d’une véritable convergence des luttes. Nous proposons une journée d’action interprofessionnelle le 7 avril.

Nous dénonçons la tactique du gouvernement qui vise à diviser le mouvement par des effets d’annonce. Nous répondons : Darcos a été obligé de reculer d’un an la mise en place de la masterisation. C’est le produit de la lutte et de la non-remontée des maquettes des diplômes. Mais comme pour le reste, nous ne voulons pas de report mais le retrait. Nos revendications sont claires et plus que jamais nous exigeons l’abrogation de la LRU, l’abandon de ses différents plans d’application et le retrait des décrets qui en découlent...
Plan Campus
Plan réussite en Licence
réforme dite de la « masterisation de la formation des personnels éducatifs »
réforme du financement des universités sur des critères de performance
réforme du contrat doctoral unique
réforme du statut des enseignants-chercheurs

Globalement nous rejetons toute la politique universitaire initiée depuis le processus de Bologne qui impose une même logique de rentabilité et de mise en concurrence des universités sur l’Europe entière (contre-sommet de Louvain les 28 et 29 avril prochains qui s’oppose à ce processus). Cela se traduit concrètement par les différentes mesures contre lesquelles nous luttons actuellement.

Aujourd’hui un-e étudiant-e sur deux est contraint de se salarier pour financer ses études. Avec la destruction du système d’aide sociale, le démantèlement des CROUS (rapport Lambert) et du planning familial, la dégradation des conditions de vie va encore s’aggraver. Aussi, nous réclamons l’augmentation en nombre et montant des bourses sur critères sociaux et leur indexation sur le coût de la vie ainsi que la construction massive de logements sociaux.

Nous demandons également le retrait immédiat du projet de loi sur les prêts étudiants qui ouvre la porte à une augmentation des frais d’inscription. Toute forme de sélection à l’université est inacceptable. Nous réaffirmons notre attachement à un système éducatif totalement public, gratuit, laïc et accessible à tou-te-s. La mission de l’université ne doit pas être la marchandisation du savoir, ni une professionnalisation à outrance, mais bien la diffusion de connaissances et la promotion de l’esprit critique, et la délivrance de diplômes de qualité reconnus par les conventions collectives donnant accès à des droits sur le marché du travail. Face aux mouvements sociaux en cours, la seule réaction des dirigeant-e-s est le déploiement d’un arsenal sécuritaire particulièrement violent (vigiles, forces de l’ordre sur les campus, arrestations massives, contrôles d’identités, fichages...) et la criminalisation de la contestation. Nous appelons au soutien de tout-e-s nos camarades victimes de la répression policière, judiciaire et administrative et à l’abandon de toutes les poursuites engagées, ainsi qu’à la création de collectifs de soutien.

Parmi les plus touché-e-s par ce système oppressif, se trouvent aussi en première ligne les sans-papier. Nous soutenons leur lutte et exigeons la régularisation immédiate et inconditionnelle de chacun-e d’entre eux/elles.

La coordination nationale appelle tou-te-s les étudiant-e-s à continuer la grève jusqu’à satisfaction, à la radicalisation, à l’extension du mouvement et :
à amplifier les blocages d’universités, à tenir des piquets de grève en continu ou, à défaut, les jours de mobilisation nationale
au blocage économique
au blocage des CA Nous appelons à la participation aux journées :
du 2 avril, manifestation nationale de la maternelle à l’université appelée par la CNU
du 7 avril, journée d’action interprofessionnelle
du 8 avril, manifestation nationale de la maternelle à l’université appelée par la CNU

La prochaine CNE se tiendra à Orléans le 4 et 5 avril.

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Lettre ouverte des porte-parole de la coordination nationale des universités aux confédérations syndicales

Depuis le 2 février, voire avant pour certaines d’entre elles, les universités sont en grève. Chaque semaine, la communauté universitaire manifeste dans la rue sa colère et témoigne de son unité. Ce mouvement rassemble depuis son origine un front extrêmement large, fédérant les étudiants, toutes les catégories de personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche, issus de sensibilités et de tendances très diverses; cela répond à l’attaque brutale et frontale du gouvernement contre l’université publique et autonome que nous aimons.
À ce mouvement de colère sans précédent, les ministres concernés n’ont opposé, jusqu’à aujourd’hui, que le mépris, des manœuvres dilatoires, des faux semblants de négociations et, finalement, une politique du pourrissement. La coordination nationale des universités est consciente que les attaques contre l’université et la recherche s’intègrent dans une politique globale de casse des services publics et de précarisation généralisée de la population. Elle affirme son ancrage dans le mouvement interprofessionnel dont elle partage les revendications.
Alors que le chômage redevient la menace majeure pour une grande partie des salariés, l’État supprime 1090 emplois cette année dans l’enseignement supérieur, 30 000 à l’échelle de toute la fonction publique, mettant en cause la possibilité même de l’accomplissement de nos missions. La modulation des services mis en place par le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs et le contrat doctoral unique (CDU) s’inscrit dans une politique plus large d’individualisation des carrières visant à fragiliser l’ensemble des personnels. La précarité se développe dans nos services, touchant plus de
30% des salariés employés dans les universités. La baisse du pouvoir d’achat frappe durement, en particulier les personnels administratifs et techniques dont les salaires démarrent à peine au niveau du SMIC, sans réelle possibilité de progression et d’évolution de carrière.
La politique universitaire actuelle, en particulier la mise en concurrence des universités, promeut un modèle d’éducation profondément inégalitaire fondé sur une conception régressive des savoirs et une sélection par l’argent de plus en plus clairement affirmée. Les premières victimes en seront les enfants des milieux les plus défavorisés que le service public de l’enseignement ne sera plus en mesure d’accueillir correctement et qui devront s’endetter pour bénéficier d’une formation actuellement ouverte à tous. Pour toutes ces raisons, le mouvement des universités a pris toute sa place dans la formidable mobilisation du 19 mars. La coordination nationale des universités appelle les organisations syndicales à donner une suite rapide à cette journée pour construire le front large et déterminé indispensable face à un gouvernement qui ne comprend que le rapport de force.
Pour envisager les possibilités pratiques et les modalités de ces convergences, nous souhaitons vous rencontrer aussi vite que possible.

Salutations en lutte,
Les porte-parole de la CNU
David Berrue (étudiant) davidPOINTberrueAThotmail.fr
Pascal Levy (Biatos) angiePOINTgennaroATgmail.com
Léa Valette (doctorante) leavaletteAThotmail.com
Christophe Mileschi: (EC) christophePOINTmileschiATwanadoo.fr
Patricia Tutoy (enseignante) ptutoyATavantitude.com
Germaine Depierre (Chercheuse) germainePOINTdepierreATu-bourgogne.fr

http://universitesenlutte.wordpress.com/2009/03/29/lettre-ouverte-des-porte-parole-de-la-coordination-nationale-des-universites-aux-confederations-syndicales/

Manifeste pour la métamorphose du monde

Le philosophe Edgar Morin, le politologue Pierre Monod et l’artiste
Paskua lancent un « Manifeste pour la métamorphose du monde ».

Ils y proposent sept réformes fondatrices : réformes politiques, économiques,
sociales, de la pensée, de l’éducation, des modes de vie et de la
morale. Les trois auteurs préfèrent s’adresser aux artistes du monde
entier qu’aux dirigeants du G20.

« Il y a des raisons d’espérer », écrivent-ils. « Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon marginale, déviante, modeste, voire invisible. (…)

Aujourd’hui l’alter-mondialisme devient un terme à prendre à la lettre :
l’aspiration à un autre monde. Elle se manifeste par des myriades de
pensées, d’initiatives, d’actions multiples dispersées dans la société
civile et qui sont ignorées par les structures politiques et
administratives sclérosées. »

Nous sommes les témoins et les acteurs de la crise du monde qui affecte
toutes les sphères. Une analyse systémique montre qu’elle est le
résultat de l’enchevêtrement de multiples composants, des relations et
rétroactions innombrables qui se tissent entre des processus extrêmement
divers ayant pour sièges les systèmes économiques, sociaux,
démographiques, politiques, idéologiques, religieux, l’éthique, la
pensée, le mode de vie, l’écosystème, tous en crise.

Le vaisseau spatial terre n’a pas de pilote. Ses quatre moteurs, la
science, la technique, l’économie, le profit, sont, chacun incontrôlé.
En l’absence d’une gouvernance mondiale, le vaisseau va vers la
catastrophe. C’est l’hypothèse la plus probable.

L’improbable, c’est la capacité d’une guidance en temps utile pour
suivre un autre itinéraire permettant de traiter les problèmes vitaux
pour l’humanité, en premier lieu la dégradation de la biosphère sans
oublier les menaces nucléaires qui ne sont pas disparues.
(…)
*Il y a des raisons d’espérer*

La crise financière et économique pousse actuellement nombre de
dirigeants et d’économistes réveillés de leur torpeur à « réformer le
capitalisme ». C’est une nécessité que certains considèrent encore comme
une contrainte conjoncturelle.

Mais il s’agit d’une crise systémique, beaucoup plus large et profonde, la crise planétaire multidimensionnelle. Et avec elle, est concerné l’ensemble des peuples.
C’est dans leur sein que vont s’éveiller des forces créatrices et une
volonté transformatrice. Si une hirondelle ne fait pas le printemps, des
signes forts sont apparus.

Ainsi, de Seattle à Porto Alegre s’est manifestée une volonté de
répondre à la mondialisation techno-économique par le développement
d’autres formes de mondialisation, allant vers l’élaboration d’une
véritable « politique de l’humanité », qui devrait dépasser l’idée de
développement.

Nul ne peut faire l’impasse sur l’aspiration multimillénaire de
l’humanité à l’harmonie, qu’elle prenne la forme du paradis, des
utopies, des idéologies libertaire, socialiste, communiste, puis des
révoltes juvéniles des années 60 (Peace-Love). Cette aspiration n’a pas
disparu. Elle se manifeste par des myriades de pensées, d’initiatives,
d’actions multiples dispersées dans la société civile et qui sont
ignorées par les structures politiques et administratives sclérosées.

Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon
marginale, déviante, modeste, voire invisible. Il en a été ainsi des
religions, de Bouddha, Jésus, Mahomet, du capitalisme, de la science
moderne, du socialisme.

Aujourd’hui l’alter-mondialisme devient un terme à prendre à la lettre : l’aspiration à un autre monde.

Des centaines de propositions ont vu le jour, cela ne suffit pas à en
faire un projet sociétal cohérent, alternatif, réaliste et visionnaire.

C’est ce « supplément d’âme » que nous proposons avec les «7 réformes
fondatrices » d’une « Voie nouvelle ».

*1 La réforme politique : politique de l’humanité et de civilisation*
(…)

Aujourd’hui, avec la mondialisation, la crise politique est à la fois
plus profonde et généralisée, elle touche tous les niveaux et conduit à
veiller à penser en permanence et simultanément planétaire, continental,
national et local.

La politique de l’humanité est planétaire et « la terre-patrie » est
l’héritière concrète des internationalismes, encore en germe au sein de
l’alter-mondialisme.

Il s’agit de sauvegarder indissolublement l’unité et la diversité
humaine. Le trésor de l’unité humaine est la diversité, le trésor de la
diversité est l’unité. Il s’ensuit la nécessité d’institutions
planétaires pour la sauvegarde de l’humanité, compétentes pour traiter
les problèmes vitaux et mortels de la biosphère, de l’économie, des
inégalités sociales, de l’infériorité du statut de la femme, des armes
de destruction massive.

Dans le monde global, le développement d’une conscience planétaire est
la dimension du défi, et est inséparable de celle du destin commun de
l’humanité. Cette conscience entière, encore embryonnaire, sera la
condition de la réforme de l’ONU, instance d’une société-monde dotée
d’un système juridique, d’une gouvernance, d’un horizon de
démocratisation, de solidarité, de fraternité. À son tour l’institution
rétroagira positivement sur le développement de la conscience planétaire.
(…)
La politique de réforme de la civilisation concerne toutes les parties
du monde occidentalisé. Elle s’exercerait contre les effets négatifs
croissants du « développement » de notre civilisation occidentale,
viserait à restaurer les solidarités, ré-humaniser les villes,
revitaliser les campagnes. Elle renverserait l’hégémonie du quantitatif
au profit de celle du qualitatif, de la qualité de la vie, « moins mais
mieux », contribuerait à la réforme de vie.

Elle reconsidèrerait nécessairement la notion de croissance, dépassant
l’alternative croissance/décroissance, elle prendrait en compte ce qui
doit croitre ou décroitre, ce qui doit demeurer stationnaire, au terme
d’une réflexion plus complexe que la croissance à tout prix.

Une telle réforme, de portée planétaire pourrait et devrait être
entreprise à l’échelle d’une nation, exemple pour son extension à
l’échelle continentale. L’Union Européenne et l’Amérique Latine
paraissent plus mûres pour s’engager dans cette nouvelle voie.

*2 Les réformes économiques*

La débâcle financière, la récession économique, les plans de sauvetage
du crédit, condition permissive du capitalisme, la protection par l’Etat
d’industries entières comme l’automobile, la relance de dépenses
d’infrastructure, conduisent les dirigeants d’un monde désormais
pleinement capitaliste à essayer de le remettre sous contrôle, à placer
« un pilote dans l’avion ». Simultanément à cet appel, le G20 se réunit.
Nous verrons ce qu’il en sort. Nous verrons s’il s’agit d’un jeu à
somme nulle, chacun protégeant son économie et se gardant que les partenaires
en bénéficient.

Les victimes de la crise ne sont pas les banquiers, ni les riches, mais
les gens pauvres des pays riches et les pauvres des pays pauvres. La
récession crée du chômage, mais elle est aussi prétexte à licenciements
pour, dans le cadre d’une compétition féroce, réduire les dépenses
salariales afin d’assurer les profits. Les dirigeants du monde ne sont
pas frappés subitement par la grâce de la nuit française du 4 août 1789
et l’abolition des privilèges, la plupart d’entre eux en sont les
défenseurs.

Il faut donc, en plus de la contrainte du sauvetage du système, la poussée des forces sociales dispersées dans le monde, pour donner un sens aux mesures et ouvrir une nouvelle voie, établir une institution permanente, sorte de conseil de la sécurité économique, chargé des régulations de l’économie planétaire et du contrôle des spéculations financières.

La sortie du modèle énergétique actuel est le grand chantier du siècle.

Il n’est plus durable, non seulement en raison de l’épuisement, un jour
ou l’autre, des ressources pétrolières, mais de la détérioration de
l’environnement, du changement climatique dont il est vraisemblablement
une des causes. On ne sous-estime pas le mouvement de recherche et
développement d’amélioration des rendements énergétiques et des énergies
renouvelables, mais le principal tient à la réforme du modèle de
développement et à celle du mode de vie.

Il faudra faire face aussi à un autre défi mondial : nourrir l’humanité.

Bien que le boom démographique se soit atténué, il n’en demeurera pas
moins que dans 50 ans il y aura -sauf pandémie mondiale- 9 milliards
d’êtres à nourrir. Les superficies cultivables n’étant pas extensibles,
il faudra augmenter les rendements des terres. Comment ? Par
l’utilisation massive des engrais et pesticides, dont on mesure les
dégâts dans les pays qui ont industrialisé leur agriculture ?

L’irrigation, qui consomme la plus grande part de l’eau, qui, par
ailleurs, devient une ressource rare ? Par la modification génétique des
organismes, avec les interrogations redoutables pour l’environnement et
la mise en tutelle des paysans par les monopoles ?

Politiques de l’énergie et de la faim peuvent être en opposition. Celle
des biocarburants à partir de produits agricoles signifie que la
priorité est donnée, implicitement, au modèle de consommation actuel de
l’énergie, et que le reste compte moins.

Il faudra que la communauté internationale fasse des choix clairs.

Quel autre modèle est envisageable ?

D’abord par un New Deal de grands programmes collectifs à l’échelle de
l’humanité. Ces grands programmes mondiaux devraient être complétés par
des programmes continentaux et nationaux. Le dégagement de la tyrannie
des marchés internationaux requiert localement l’essor d’une économie
plurielle.

Des initiatives sont en cours, par exemple la création et
l’extension des mutuelles, des coopératives de production et de
distribution, les coopératives de femmes en Afrique et en Asie, le
commerce de proximité de l’alimentation, le commerce équitable, des
entreprises citoyennes, l’agriculture fermière et biologique, le
micro-crédit, voire des monnaies locales.

Toutes ces actions, au raz du sol, nées dans le système et à cause de lui, sont autant de chrysalides de la métamorphose.

*3 Les réformes sociales*

Le monde crie d’inégalités et d’injustices. Les idéaux libertaires,
socialistes, communistes, ont historiquement combattu celles-ci. De
nouveau l’internationalisme, mais planétaire cette fois, est à l’ordre
du jour. La pauvreté continue à frapper une grande partie de la
population du globe, alors que jamais les disponibilités scientifiques,
techniques n’ont été aussi grandes. Les inégalités s’expriment
grossièrement par les inégalités du PIB entre nations et par personne.
Le rêve ancien de l’utopie égalitaire, par exemple, un revenu universel
d’existence, reste une visée qui n’est pas celle des institutions
internationales actuelles. Les différenciations ont grandi avec la
mondialisation. Le Tiers-Monde des années 60 a volé en éclats.

L’économie pétrolière a donné une rente de situation aux pays du Golfe,
qui ont fait appel à des migrants, corvéables et rejetables. La Chine,
virée au capitalisme sauvage, réalise l’accumulation primitive sur le
dos des masses paysannes. Sa percée industrielle pour les biens
manufacturés, si elle permet, heureusement, des progrès du niveau de vie
interne, a pour contre partie la suppression d’emplois ailleurs et une
pression sur les salaires des pays développés. Le problème est devenu la
répartition du profit à l’échelle mondiale. Comment permettre la
progression du niveau de vie dans les pays en voie de développement sans
altérer celui des pays développés et résorber les inégalités partout ?

Comment faire converger des forces sociales défendant leurs
revendications nationales dans un ensemble plus vaste dominé par les
firmes multinationales ?

Nous pourrions en Europe fournir de premières réponses. L’harmonisation
salariale « vers le haut » est le combat à venir, car il est clair que
le capital tentera de faire supporter le poids de la crise à ses
salariés. L’harmonisation de la protection sociale, et celle de la
fiscalité, sont d’autres chantiers.

Qu’en est-il aussi de la retraite des personnes âgées. Fort heureusement
l’espérance de vie a augmenté suite aux progrès de la médecine et de
l’hygiène. Mais cette prolongation est très inégale entre, par exemple
Haïti et le Japon, et en France entre cadres supérieurs et ouvriers. La
conséquence de l’allongement de la vie c’est le vieillissement de la
population, et avec elle, partout, la difficulté du financement des
retraites et de la protection sociale. Vaste question qui ne peut-être
reportée en attendant l’hypothétique retour de la croissance et quimet
à l’épreuve la solidarité intergénérationnelle. Des normes mondiales,
là encore, seraient en phase avec le problème sociétal.

*4 La réforme de la pensée*

Il est difficile de penser le présent de la crise planétaire et ses
perspectives. D’autant que la vitesse des transformations et la
mondialisation qui agissent sur toutes les sphères brouillent les
représentations. La complexité de la situation donne le vertige et
conduit la plupart d’entre nous à un sentiment d’effroi et d’impuissance
qui amènent à renoncer à sa compréhension et à l’action.

La compréhension du monde est impossible avec le morcellement actuel de
la pensée. L’enfermement disciplinaire rend inapte à percevoir et
concevoir les problèmes fondamentaux et globaux, d’où la nécessité
d’une pensée complexe qui puisse relier les connaissances, les parties au
tout, le tout aux parties, et qui puisse concevoir la relation du global
au local et du local au global.

Nos modes de pensée doivent intégrer un va-et-vient constant entre ces niveaux.

Pour dominer la complexité du monde, le système de pensée doit être
complexe.

Si nos esprits restent dominés par une façon mutilée, incapable de
saisir les réalités dans leur complexité et dans leur globalité, si la
pensée philosophique reste enfermée dans des jeux de dentelle, alors
nous allons vers des catastrophes. Seule une pensée apte à saisir la
complexité non seulement de nos vies, destins, de la relation
individu-société-espèce, mais aussi celle de l’ère planétaire, peut
opérer le diagnostic de la course de la planète vers l’abîme, et définir
les orientations qui permettraient de donner un fil directeur aux
réformes primordiales.

En bref, seule une pensée complexe peut nous armer pour préparer la
métamorphose globale, sociale, individuelle et anthropologique.

*5 La réforme de l’éducation*

Elle est peut-être la condition permissive de tout le reste.
L’éducation forme un guide d’existence, individuel et collectif, un
modèle qui se transmet entre générations. C’est un système de puissance
lourde, à inertie et temps long. C’est pourquoi elle est au coeur de
l’évolution des sociétés.

La transmission de connaissances ne met pas à l’abri des erreurs et
illusions qui parasitent l’esprit humain. Il s’agit d’armer chaque
esprit dans le combat vital pour la lucidité. Il est donc nécessaire
d’introduire et de développer dans l’enseignement l’étude des
caractères cérébraux, mentaux, culturels, des processus et modalités des
connaissances, des dispositions tant psychiques que culturelles. Cette
remarque préalable soulève le problème de l’adéquation de l’éducation
actuelle et de son contenant.

Les principes d’une connaissance pertinente sont les suivants :

promouvoir une connaissance capable de saisir les problèmes globaux et
fondamentaux pour y inscrire les connaissances partielles et locales ;

enseigner la condition humaine ;

expliquer l’identité terrienne ;

éveiller à la compréhension de l’autre.

L’enseignement doit contribuer, non seulement à une prise de conscience
de la trinité individu-espèce-société, et ce qu’elle implique comme
comportement vis-à-vis des autres et de la nature, avec notre
Terre-Patrie, mais aussi permettre que cette conscience se traduise en
une volonté de réaliser la citoyenneté terrienne.

*6 La réforme de vie*

C’est le problème concret sur lequel devraient converger toutes les
autres réformes.

Nos vies sont dégradées et polluées par l’état monstrueux des relations
entre les humains, individus, peuples, par l’incompréhension généralisée
d’autrui, par le prosaïsme de l’existence consacrée aux taches
obligatoires que ne donnent pas de satisfaction, et qui déferlent à
présent dans le monde entier, par opposition à la poésie de l’existence
qui est congénitale à l’amour, l’amitié, la communion, le jeu.

La recherche d’un art de vivre est un problème très ancien abordé par
les traditions de sagesse des différentes civilisations et en occident
par la philosophie grecque. La réforme de vie vise à régénérer l’art de
vivre en art de vivre poétiquement. Elle se présente de manière
particulière dans notre civilisation occidentale caractérisée par
l’industrialisation, l’urbanisation, la recherche du profit, la
suprématie donnée au quantitatif… Civilisation qui régit aujourd’hui sur
la planète apportant non seulement ses indéniables vertus mais aussi ses
moins indéniables vices et dégradations qui se sont révélées dans le
monde occidental d’abord et qui déferlent à présent dans le monde entier.

L’homme vit aujourd’hui dans une « Technosphère ». Et il en fait partie
intégrante. Malgré l’essor récent des biotechnologies, c’est la
civilisation mécanique qui domine depuis la révolution industrielle du
20 e siècle, et dont la robotisation constitue le point dominant. Le
chronomètre est le maître, et, avec lui, les cadences de travail, la
réduction des temps alloués et le stress, les flux tendus dans
l’entreprise, contraintes de la compétitivité et du profit à court
terme. Les nouvelles technologies de l’information, potentiellement
libératoires de la communication personnelle, deviennent une tyrannie
avec le téléphone portable, la perte de liberté qui s’ensuit quand tout
individu peut-être suivi voire traqué n’importe où. Ainsi, la
combinaison de l’évolution de la civilisation industrielle sous
l’emprise des nouvelles technologies, des nouvelles conditions du
travail et du profit, provoque une mutation par rapport au temps,
l’urgence se transforme en instantanéité. Le culte de l’urgence conduit
à une société malade du temps, et qui perd le temps de vivre. Elle se
défend en revendiquant du temps libre.

La société en devient consciente et réagit avec les moyens dont elle
dispose. L’aspiration à « une vraie vie » se manifeste sous la forme
d’antidotes au mal-être physique, moral et spirituel par le recours aux
psychiatres, psychanalystes, aux psychotropes, addictions et drogues
diverses. Elle se tourne aussi vers la religion, l’occultisme, pour
satisfaire ses besoins spirituels étouffés dans une civilisation vouée
aux besoins matériels, à l’efficacité et à la puissance.

La réforme de vie doit nous conduire à vivre les qualités de la vie, à
retrouver un sens esthétique, à travers l’art bien sûr mais également
dans la relation à la nature, dans la relation au corps, et à revoir nos
relations les uns aux autres, à nous inscrire dans des communautés sans
perdre notre autonomie. C’est le thème de la convivialité évoqué par
Illich dans les années 70. Il existe aujourd’hui, un peu partout, des
germes de cette réforme. Ils apparaissent à travers l’aspiration à
une autre vie, le renoncement à une vie lucrative pour une vie
d’épanouissement, les choix de vie visant à mieux vivre avec soi-même et
autrui, ainsi que dans une recherche d’accord avec soi-même et le monde.
Cette aspiration à vivre "autrement" se manifeste de façons
multiples et l’on assiste à des recherches tâtonnantes, un peu partout recherche de
la poésie de la vie, amours, fêtes, copains, raves parties. Si on
considère ensemble ces éléments qui, séparément, semblent insignifiants,
il est possible de montrer que la réforme de vie est inscrite dans les
possibilités de notre civilisation. Le dénominateur commun en est : la
qualité prime sur la quantité, le besoin d’autonomie est lié aux besoins
de communauté, la poésie de l’amour est notre vérité suprême.

La prise de conscience que « la réforme de la vie » est une des
aspirations fondamentales dans nos sociétés est un levier qui peut
puissamment nous aider à ouvrir la Voie.

*7 La réforme morale*

Barbarie de nos vies ! Nous ne sommes pas intérieurement civilisés. La
possessivité, la jalousie, l’incompréhension, le mépris, la haine,
l’aveuglement sur soi-même et sur autrui sont notre quotidien. Que
d’enfers domestiques sont les microcosmes de l’enfer plus vaste des
relations humaines.

Nous retombons là sur une préoccupation très ancienne puisque les
principes moraux sont présents tant dans les grandes religions
universalistes que dans la morale laïque. Mais les religions qui ont
prôné l’amour du prochain ont déchaîné des haines épouvantables, et
rien n’a été plus cruel que ces religions d’amour.

Il semble donc évident que la morale mérite d’être repensée et qu’une
réforme doit l’inscrire dans le vif du sujet. La réforme morale
nécessite, d’abord, l’intégration, dans sa propre conscience et sa
propre personnalité, d’un principe d’auto-examen permanent, car, sans le
savoir, nous nous mentons à nous-mêmes, nous nous dupons sans cesse.
Si on définit le sujet humain comme un être vivant capable de dire
« je », autrement dit d’occuper une position qui le met au centre de son
monde, il s’avère que chacun de nous porte en lui un principe
d’exclusion (personne ne peut dire « je » à ma place). Ce principe agit
comme un logiciel d’auto-affirmation égocentrique, qui donne priorité à
soi sur toute autre personne ou considération et favorise les égoïsmes.
Dans le même temps, le sujet porte en lui un principe d’inclusion qui
nous donne la possibilité de nous inclure dans une relation avec autrui,
avec les « nôtres » (famille, amis, patrie), et qui apparait dès la
naissance où l’enfant ressent un besoin vital d’attachement. Ce principe
est un quasi logiciel d’intégration dans un nous, et il subordonne le
sujet, parfois jusqu’au sacrifice de sa vie. L’être humain est
caractérisé par ce double principe, un quasi double logiciel : l’un
pousse à l’égocentrisme, à sacrifier les autres à soi ; l’autre pousse
à l’altruisme, à l’amitié, à l’amour... Tout, dans notre civilisation,
tend à favoriser le logiciel égocentrique. Le logiciel altruiste et
solidaire est partout présent, inhibé et dormant, et il peut se
réveiller. C’est donc ce logiciel qui doit être développé.

Il faut donc concevoir également une éthique à trois directions, en
vertu de la trinité humaine : Individu-société-espèce, les trois en
interrelations permanentes.

Dans ce sens, l’éthique individu-espèce nécessite un contrôle mutuel de
la société par l’individu et de l’individu par la société,
c’est-à-dire la démocratie ; et au xxie siècle la solidarité terrestre.

L’éthique doit se former dans les esprits à partir de la conscience que
l’humain est à la fois individu, partie d’une société, partie d’une
espèce. Nous portons en chacun de nous cette triple réalité. Aussi,tout
développement vraiment humain doit-il comporter le développement
conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires
et de la conscience d’appartenir à l’espèce humaine.

À partir de cela s’esquissent les deux grandes finalités
éthico-politiques du nouveau millénaire : établir une relation de
contrôle mutuel entre la société et les individus par la démocratie,
accomplir l’Humanité comme communauté planétaire.

En conclusion : limites et possibilités

Les réformes sont interdépendantes. Les réformes morale, de la pensée,
de l’éducation, de civilisation, de la politique, celle de la réforme de
vie s’entr’appellent les unes les autres. Par là même leurs
développements créeraient une synergie, une dynamique nouvelle qui
serait plus que leur somme.

Ceci est une énorme potentialité, mais nous devons aussi être conscients
de leur limite. On ne pourra jamais éliminer la capacité délirante,on
ne pourra jamais rationaliser l’existence (ce qui serait au demeurant,
la normaliser, la standardiser, la mécaniser…) On ne pourra jamais
réaliser l’utopie de l’harmonie permanente, du bonheur assuré.

Ce qu’on peut espérer c’est non plus le meilleur des mondes, mais un
monde meilleur.

Revenons au point de départ : nous allons vers l’abîme. Mais il y a des
milliards de chrysalides végétales, animales, humaines qui sont en
métamorphose. Ce sont des forces immenses potentielles mais
conditionnées à leur environnement. Concernant l’humanité des forces,
encore virtuelles pour l’essentiel, doivent se mobiliser. L’abîme comme
la métamorphose ne sont pas fatals.

La Voie des sept réformes proposée ici nous semble la seule susceptible
de régénérer assez le monde pour faire advenir la métamorphose, pour un
monde meilleur.

En faire une réalité suppose la mobilisation de tous ceux qui y
aspirent, en un véritable Mouvement pour la Métamorphose du Monde.

*Edgar Morin*, philosophe et sociologue
*Pierre Gonod*, politologue et prospectiviste
*Paskua*, artiste, à l’origine de l’"International Art Movement
forthe

Metamorphosis of the World"
http://www.bastamag.net/spip.php?article521